
Cette chronique se veut comme une tribune rassemblant idées, opinions, analyses, et parfois même, intuitions. C’est une vision citoyenne de l’environnement politique du Maroc et de ses évolutions récentes. Une vision dont l’auteur, moi-même, a eu la faiblesse de croire qu’elle gagnerait à être partagée. L’exercice revendique donc une indépendance et une liberté de ton qui ne souffre d’aucune convention de neutralité ou d’impartialité. Elle revient sur plus d’une décennie de vie politique au Maroc, avec un double objectif: faire sens des chamboulements politiques qu’a connu notre pays et poser les bases d’une nouvelle scène de débat politique raisonnée et apaisée.
Les raisons de l’espoir

Pour cette échéance électorale inédite et majeure dans l’histoire du pays, le précédent gouvernement, et le ministère de l’intérieur surtout, ont risqué la crampe à l’échauffement. La réforme du code électoral, et notamment celle du quotient électoral[1], a échaudé les esprits et lancé des mois avant l’échéance la première polémique de ces élections. Pour certains, cette mesure constituait une manœuvre du Palais pour faire barrage à une éventuelle troisième victoire hégémonique du PJD, pour d’autres, elle ouvrait la voie à une balkanisation encore plus avancée d’une chambre des représentants qui comptait déjà 12 partis et allait fausser le jeu électoral. A l’arrivée, les craintes n’étaient pas tellement justifiées. Le PJD a même profité du nouveau quotient électoral[2], et le pays se retrouve avec une des majorités des plus resserrées de son histoire, avec seulement trois partis.
Ce faux revers vite écarté, de gros efforts de communication ont été fournis par les partis et la presse pour faire monter l’enthousiasme de la population pour ces élections. Il faut dire qu’elles avaient pour elles l’exception historique. Pour la première fois, les Marocains allaient décider en un seul voyage aux bureaux de votes de leurs représentants régionaux, communaux et nationaux.
Il en résulte une myriade de performances statistiques pour l’exercice démocratique dans notre pays. Le chiffre le plus marquant restera sans doute celui de la participation : 50,18% des 17,5 millions d’inscrits sont allés voter, une victoire pour les défenseurs des institutions. Par ailleurs, plus de 3 millions de primo-votants[3] s’étaient inscrits sur les listes électorales. Un chiffre qui explique peut-être la part belle donnée à la jeunesse dans les différentes listes. Par ailleurs, le nombre de femmes au parlement est passé de 81 à 96, une progression jugée insuffisante, sachant que 90 d’entre elles ont été élus via des listes spécifiques[4]. Une sous-représentation masquée et/ou compensée par l’élection de femmes à la tête des mairies de grandes villes du royaume, ou encore leurs nominations à des postes clés du gouvernement.
Mais au-delà de ces considérations d’ensemble, ces élections ont aussi été le théâtre de jeux de pouvoir qui marqueront durablement le pays.
Partis politiques et monarchie : Histoire d’un paternalisme troublé

PJD : L’enfant terrible
Bénéficiant de la fascination occidentale pour l’islamisme politique et des craintes qui y sont associées, mais aussi de l’effet de surprise, la défaite du PJD a fait les gros titres de la presse internationale et locale. Passant de 123 à 13 députés, les islamistes ont subi un carnage, ce qui a fait couler beaucoup d’encre. Pourtant, il est important de rappeler ici un certain nombre de précisions tant les analyses de cette défaite ont été truffé de confusions.
Premièrement, il y a tous les observateurs qui ont opposé Palais, Makhzen et PJD. Le PJD, fondé en 1998, est en réalité entré dans un processus de normalisation et de domestication par la monarchie depuis le début des années 1990, via notamment l’intermédiation du Docteur Al Khatib et de son parti le Mouvement Populaire Démocratique et Constitutionnel (MPDC), qui a servi de porte d’entrée aux militants du Mouvement d’Unicité et Réforme (MUR), plus tard principaux constituants de l’état-major du PJD, dans le jeu politique[5].

Au fil de ce long processus, au lendemain de l’effervescence du 20 février 2011 et du discours très prometteur du Roi le 9 mars 2011, la monarchie a trouvé dans le PJD un allié. Une formation politique qui partage suffisamment d’accointances avec les arcanes du pouvoir, mais vierge du pouvoir, et donc de la décrédibilisation, pour autant. Pour résumer, le PJD constituait le tampon idéal face au mécontentement populaire et a rempli une fonction politique primordiale : donner l’illusion de participation à la décision politique à une frange de la population principalement arabophone, de classe moyenne, avec un référentiel islamique, en mal de transparence et d’intégrité. Une classe qui ne s’est jamais reconnu dans l’archétype du ministre fassi de l’ère Hassan II.
Dire pour autant qu’il n’y avait pas de confrontation franche n’équivaut pas à nier l’existence d’un rapport de force. Le PJD est entré dans un jeu politique avec la monarchie, où il a essayé de s’enraciner autant que possible, de se rendre indispensable, et qu’il a ultimement fini par perdre. Un jeu que la monarchie a remporté en usant d’une méthode bien de chez nous, le taouil. Mohamed Tozy le définissait déjà en 1999 en ces termes : « En arabe marocain, le soin, l’art et la manière mis à accomplir un geste, une action, voire à énoncer un propos, [c’est le] subtil savoir-faire qui caractérise [l’action du Makhzen] et qui donne à la manière dont elle gère les hommes, les situations et les biens, la qualité d’un travail ‘‘cousu main’’ »[6].
Le taouil donc, c’est aussi résoudre le conflit sans heurts. Quand on passe à l’analyse politique et aux mécanismes de subordination, c’est un art du triomphe, de la domination, dans le calme. Le pouvoir monarchique a cette faculté dans le jeu politique, la régulation de l’opposition ; il sait quand il faut prendre les coups, et quand il faut/peut sonner le glas, asséner l’ultime charge. Finalement, le pouvoir monarchique a domestiqué l’islam politique aussi bien en emprisonnant dans le passé ses leaders qu’en leur concédant le contrôle du gouvernement pour une décennie. Un peu comme les sultans cooptaient les notabilités locales et tribales un jour, menaient des harkas dans bled siba l’autre jour.
Certains voient aujourd’hui dans la défaite du PJD un triomphe démocratique, fanfaronnant déjà avec l’usuel slogan de l’exception marocaine. Il ne faut pas se méprendre, c’est aussi et surtout un triomphe monarchique. Faire cette conclusion, ce n’est ni sombrer dans le nihilisme ni adopter une vision béate des choses, simplement énoncer que sans intervention flagrante dans ces élections, la monarchie parvient malgré tout à imposer ses orientations.
Le PJD est défait mais pas mort pour autant. Le parti, et surtout la figure de Benkirane, a saisi quelque chose de la réalité politique du pays et des attentes des Marocains. Il a cristallisé quelque chose. L’avenir du parti dépendra grandement de la capacité de la nouvelle garde à capitaliser sur cette réelle prouesse passée.
Le jour où le roi a sonné le glas du populisme

Avant d’aborder ce point, il me semble utile d’apporter une précision. Mon but ici n’est pas de dépeindre une image où la monarchie serait omnipotente, et in fine, responsable de tout. Je veux simplement dresser ici un miroir pour constater la réalité de nos avancées sur le chantier de la démocratie, et bien que frustré parfois par le rythme auxquelles elles s’enchainent, je ne peux que me satisfaire de toutes celles survenues lors de cette dernière décennie.
Cela étant dit, nous pouvons nous accorder sur le fait que la monarchie officie encore comme l’arbitre du jeu partisan, un super arbitre qui édicte les règles et veille à leur respect. En 2017, lors du discours de la fête du Trône, le Roi a sorti un carton rouge. Voici en quelques mots, l’essence de son discours : « Si le Roi du Maroc n’est pas convaincu par certaines pratiques politiques, s’il ne fait pas confiance à nombre de politiciens, que reste-t-il, donc, au peuple ? A tous ceux qui déçoivent les attentes du peuple, Je dis : « Assez ! Ayez crainte de Dieu pour ce qui touche à votre patrie… Acquittez-vous pleinement des missions qui sont les vôtres, ou bien éclipsez-vous ! Car le Maroc compte des femmes et des hommes honnêtes et sincères envers leur pays. ».
Il est important de recontextualiser ces mots lourds de sens. Ils interviennent au bout d’une année qui a connu des soulèvements populaires massifs à Al Hoceïma et à Jerada, pour ne citer que ces villes. Autant dire que la nécessité d’une intervention arbitrale était pressante.
Ce discours marque à mon sens le début d’une transformation majeure du paysage politique marocain, en trois temps.
Le premier, c’est la compréhension par la monarchie, de la nécessité nouvelle pour la population, d’une incarnation forte de la politique, au-delà de la seule figure royale. Le cas Benkirane a posé problème. Il a menacé une convention tacite acceptée par la plupart des Marocains : au Maroc, le Roi détient le monopole du cœur de ses sujets et citoyens en devenir.
Dans un second temps, la monarchie s’est rendue compte de son erreur, celle d’avoir encourager ou laisser faire, je ne peux trancher, l’émergence de figures politiques populistes, les El Omari, Chabat, et compagnie, pour freiner Benkirane dans sa popularité. Les Hirak ont sonné le clap de fin de cette expérience politique funeste.
Suite à ce discours, El Omari démissionnera, Chabat tombera en disgrâce, et le leadership de ces partis, piliers de la coalition gouvernementale actuelle, changera. En octobre 2017, Nizar Baraka prend la tête de l’Istiqlal, et après une longue période de gestation, Abdellatif Ouahbi est élu secrétaire général du PAM, le 9 février 2020. C’est en quelque sorte, dans notre troisième temps, l’avènement des chevaliers de la politique, « ces hommes et femmes sincères envers leur pays » qu’évoquait le souverain. Des figures auxquelles la monarchie est prête à octroyer le statut d’incarnation de la vie politique nationale, bien à l’écart de l’image du souverain, qui demeure à part.
L’argent en politique : un phénomène à double tranchant

A côté de ces nouveaux arrivants, il y a l’homme honnête et sincère envers son pays de toujours, Aziz Akhannouch, à la tête du RNI depuis octobre 2016. L’arrivée de la deuxième fortune du royaume de manière plus franche dans le jeu politique constitue une rupture majeure, celle de l’implication de plus en plus prégnante des détenteurs de capital dans l’exercice électoral.
Plusieurs leaders politiques, et je me souviens ici de l’intervention la plus marquante de Nabil Benabdallah, ont dénoncé nommément l’utilisation de l’argent lors de la dernière campagne électorale par le RNI.
Il y a deux choses à observer ici. Finalement, l’arrivée des détenteurs de capitaux dans la politique n’est pas nouvelle. De tout temps, les notabilités ont eu un rôle important dans les institutions du pays. Simplement, ce mélange aujourd’hui donne l’impression d’être totalement assumé et décomplexé. Deuxièmement, c’est une réalité et un risque avec lequel la classe politique est prête à composer. J’en veux pour preuve ici les déclarations de Ouahbi au sujet du RNI et de son leader : « Ils ont atteint un niveau de capital et ont pris conscience qu’ils ne pouvaient le faire fructifier encore plus que s’ils prenaient le contrôle de la décision politique. Nous les comprenons et savons où ils vont. »[7].
Au passage, je considère le fait que Ouahbi accepte une alliance avec des personnes et un parti qu’il a attaqué vigoureusement auparavant comme de la maturité politique. La politique, c’est l’art du compromis, c’est comment dépasser les désaccords pour se retrouver autour de projets de réformes communs.
Le mélange argent et politique est à double tranchant. Il peut soit renforcer la légitimité des partis et des institutions, soit accentuer la défiance déjà très élevée des électeurs et les vider totalement de leur sens. Ce qui déterminera la prise d’un chemin ou d’un autre sera la déontologie des élus d’aujourd’hui et la manière avec laquelle ils feront face aux différents risques de connivences auxquels leurs situations les exposent. S’ils si astreignent, le jeu partisan ne peut que gagner de plus grands investissements dans les moyens de communication, d’attraction de nouveaux talents ambitieux, et une centralité plus importante des appareils partisans dans la vie économique et sociale du pays.
Le nouveau gouvernement : Quelles perspectives ?

Une majorité resserrée, une majorité incarnée
C’est un exercice compliqué que de positionner les différents partis du Maroc sur la célèbre matrice Droite/Gauche sur le plan économique et sur le plan social et des mœurs. La classification est d’autant plus complexe quand on sait que le SG du PAM, Ouahbi, fut dans sa jeunesse, militant de l’USFP, puis même du Parti de l’Avant-garde Démocratique et Socialiste (PADS), et que Baraka, leader d’un parti traditionnellement conservateur, propose le programme économique le plus à gauche de la coalition gouvernementale. Même pour le RNI, que jadis on pouvait identifier à un parti pro-business et ultra-libéral, revendique aujourd’hui un certain nuancement de son positionnement, affichant des velléités de réformes sociales, et des profils qui s’apparentent aux figures du Fordisme ou aux notabilités radicales de la IIIème république française[8].
Au final, s’il y a quelque chose à retenir sur cette coalition, c’est son resserrement autour de trois partis, et comme l’analysait le constitutionnaliste Mohammed Amine Benabdallah, son dépassement des clivages idéologiques usuels pour une préférence d’un certain pragmatisme politique[9]. Gageons que son resserrement partisan numéraire limite les risques d’explosion en plein vol lorsqu’à l’application du programme gouvernemental, les désaccords politiques et idéologiques surgiront.
Des désaccords qui risqueraient de prendre des proportions conséquentes tant cette majorité est incarnée fortement par trois têtes. Akhannouch, le magnat des affaires, ami du roi, connaisseur du monde rural, et qui se lance le pari de réussir l’implication des patrons dans la vie politique du pays. Ouahbi, le briscard de la politique, une image de ténor du barreau, pragmatique, relativement indépendant, parfois provocateur, agitateur, mais qui porte un discours de conviction, notamment sur des questions comme celles des détenus du Hirak du Rif. Baraka, l’archétype du ministre fassi 2.0, timide, mais extrêmement compétent, qui a opéré sa mue en robin des bois au CESE, prenant conscience de la nécessité et de l’urgence d’une meilleure redistribution des ressources pour l’achèvement d’un réel développement du pays.
Revue de casting : Les noces de Coton
Le premier gouvernement Akhannouch, qui a pris ses fonctions le 11 octobre, présente un savant mélange de profils, un mariage presque inédit.
Il y a les expérimentés de la pratique politique et de l’exercice électoral, comme Abdellatif Ouahbi, ou encore les jeunes Mehdi Bensaid et Mustapha Baitas. Ce sont les fameux chevaliers blancs de la politique dont parlait le Roi dans son discours du Trône, et le moins qu’on puisse dire, c’est qu’ils ne sont pas en majorité.
Ensuite, il y a les hauts commis de l’Etat, en la personne de Chakib Benmoussa, de Nizar Baraka, et de Faouzi Lekjaa. Des personnalités qui ont fait leur preuve dans des postes d’administration à forte responsabilité, qui ont gagné la confiance du Palais, et qui ont décidé de se politiser ou non.
Enfin, il y a la nouveauté majoritaire de ce gouvernement. Des profils dont la caractéristique principale est la compétence hors des cercles du pouvoir. Dans le privé, à l’université, ou dans d’autres domaines, au Maroc, comme à l’étranger, ces personnalités ont été recrutés par les partis pour ces échéances électorales majeures et en vue de leur proposer des maroquins. On citera ici Nadia Fettah Alaoui, Mohamed Sadiki, Fatim-Zahra Ammor, ou encore Abdellatif Miraoui.
Le souverain en parlait d’ailleurs en ces termes : « En effet, le secteur privé attire les meilleurs cadres formés dans notre pays, lesquels participent aujourd’hui à la gestion des plus grandes compagnies internationales installées au Maroc ».
Espérons à ce nouveau gouvernement tous les succès pour le bien de notre pays.
Avant de clôturer toutefois ce point, il est intéressant d’aborder la nomination de femmes à des maroquins à forte séniorité. Je me réjouis de voir dans ce domaine le politique à l’avant-garde de la société. Cela dit, il y a un mais, c’est celui de ne pas considérer la nomination d’une femme à un poste de responsabilité comme positive, sur tous les plans, quoiqu’il en soit. Ce n’est pas du machisme que de voir d’un œil prudent et méfiant l’arrivée de Nabila Rmili à la tête de la mairie de Casablanca, pour la simple raison que son mari, magnat de l’immobilier, est aussi son troisième adjoint. Le risque de conflits d’intérêts est tout simplement trop important. Pareillement, la présence de ces femmes ne doit pas voiler la réalité du travail qui nous reste à accomplir. Plusieurs des femmes politiques en vue actuellement sont en quelque sorte des héritières de la politique, comme Mbarka Bouaida ou Fatim Ezzahra Mansouri, pour ne citer qu’elles.
Il y a tout de même un point positif malgré toutes ces mises en garde et ces réticences, c’est que les jeunes filles marocaines ont des modèles de réussite féminins dans des secteurs comme l’économie ou l’énergie, qui les pousseront peut-être vers ces domaines, et c’est cela notre plus grand gain.
Le programme gouvernemental : Go big or go home
En regardant les principales mesures annoncées par le Premier Ministre Akhannouch, on ne peut qu’être séduit. A la lecture du programme gouvernementale se dessine l’image idyllique d’un pacte social que tout marocain souhaiterait voir advenir : un Etat au service de tous, aussi bien des plus démunis, de la classe moyenne, que des plus fortunés. Se fixant des objectifs de croissance et de création d’emplois ambitieux, le projet n’est pas de créer de la richesse en exploitant de la ressource ou de la rente, ce qui revient à un transfert de richesse. Non, il y’a l’ambition de produire, d’encourager le Made in Morocco et de le substituer aux importations.
Un taux de croissance annuel moyen de 4%, la création d’un million d’emplois, et l’augmentation du taux d’activité des femmes à plus de 30% ; voilà pour la croissance et la création d’emplois. Cette croissance devrait financer tout un projet de réductions des inégalités, faisant passer les disparités sociales et territoriales à moins de 39%, au lieu de 46,4% selon l’indice de Gini. Pour ce faire, une myriade d’allocations sont prévues : le revenu de dignité pour les plus de 65 ans, les allocations familiales, l’indemnité pour perte d’emploi, ou encore l’allocation de naissance.
C’est un temps béni pour les économistes marocains. Ils ont aujourd’hui l’occasion d’occuper pleinement le débat public en analysant la faisabilité du programme gouvernemental et en proposant les mesures et recommandations de politiques publiques à même d’assurer sa réalisation.
Cela a déjà commencé. L’économiste Salim Dahmaj[10] a fait remarquer sur Twitter, en analysant le rapport annuel de Bank Al Maghrib, que l’économie marocaine créait en moyenne 26 000 emplois par point de croissance sur la période 1999-2019, 36 000 lors des dernières années. En faisant un calcul arithmétique simple, dont la pertinence économique reste à vérifier, nous parvenons au chiffre de 720 000 emplois créés sur les 5 ans, et non 1 million. D’autres investigations de ce genre sont à attendre et à encourager.
A la fin des fins, Aziz Akhannouch et son gouvernement devront répondre à la célèbre question posée par notre souverain lors de son discours de la Fête du Trône en 2014 : « Mais en prenant connaissance des chiffres et des statistiques qui figurent dans lesdites études et qui mettent en évidence l’évolution de la richesse du Maroc, je M’interroge, avec les Marocains, non sans étonnement : Où est cette richesse ? ». C’est en mobilisant cette richesse qu’un programme gouvernemental aussi ambitieux pourra être financé.
Un début de réponse a été donné par le directeur de la publication et des rédactions de Telquel, Réda Dalil, dans un de ces derniers éditos. Plutôt que de rééduquer les Marocains comme il l’avait dit, dans un moment d’égarement je l’espère, lors d’un meeting en 2019, le Chef du gouvernement doit plutôt rééduquer nos capitalistes, amoureux de la rente et allergiques au partage[11].
Aussi, tout comme le travail et l’argent n’occupent pas l’entièreté de notre vie, l’action du gouvernement ne doit pas se focaliser que sur les seuls sujets socio-économiques, aussi prioritaires soient-ils.
D’abord, parce que leur priorité est une histoire de perspective. Pour une citoyenne qui gagne bien sa vie, la priorité est qu’elle ne souffre plus des désagréments qui sont le lot quotidien de nos femmes marocaines.
Ensuite, car l’un ne peut s’épanouir sans l’autre. Si nous n’avons pas les conditions d’être sereins dans nos vies privées, aussi diverses qu’elles soient, nous ne parviendrons pas à créer la richesse nécessaire pour notre bien-être.
Enfin, parce que la priorité ultime pour notre pays, c’est la libération des énergies. Une priorité comprise par le Chef de l’Etat et le Chef du gouvernement, puisqu’ils envoient un signal fort en nommant Chakib Benmoussa, chef d’orchestre du Nouveau Modèle de Développement, au ministère de l’éducation.
Pour une vraie libération, il faut débarrasser nos jeunes et moins jeunes de tous les dogmes de la société et de la tradition qui minent leur créativité et freinent leurs potentialités. Le gouvernement gagnerait à être plus ambitieux sur ces chantiers.
Vivons mieux : Apprenons le désaccord
Cette tribune n’a qu’un seul but, dépassionner le débat politique, pour permettre à toutes les polémiques futures d’avoir lieu dans un environnement apaisé. Pour conclure, j’emprunterais les mots de Ali Bouabid, toujours dans Telquel : « Est-il besoin de rappeler que c’est de la tolérance au dissensus que naît le bien public, et par ce canal que la démocratie retrouve une vitalité qui achève d’absorber ses ennemis et contradicteurs. »
[1] Interview éclairante sur la technicité de ce sujet de Zakaria Garti et David Goeury, réalisée par Médias24 : http://www.opemam.org/node/11720?language=en
[2] Paradoxe. Le RNI, perdant du nouveau quotient ? , Réda Zaireg : https://www.medias24.com/2021/09/09/paradoxe-le-rni-perdant-du-nouveau-quotient/
[3] HCP. Quelques caractéristiques des primo-votants aux élections de 2021 : https://www.hcp.ma/Quelques-caracteristiques-des-primo-votants-aux-elections-de-2021_a2742.html
[4] Législatives 2021. « Le nombre de femmes élues, une sonnette d’alarme » : https://www.medias24.com/2021/09/23/legislatives-2021-le-nombre-de-femmes-elues-une-sonnette-dalarme-jawad-ech-chafadi/
[5] Presses de Sciences Po. Monarchie et Islam Politique au Maroc. Mohamed Tozy. 1999
[6] Ibidem.
[7] Traduction de l’auteur. Emission “Fi Samim’’ mise en ligne le 6 juillet 2017 sur Youtube : https://www.youtube.com/watch?v=CRA2793WnIs&ab_channel=HorizonTV.ma
[8] Fogacci, F. (2012). Que sont les « couches nouvelles » devenues ? Une sociologie des élus radicaux et radicaux-socialistes de la IVe et des débuts de la Ve République. Histoire, économie & société : https://doi.org/10.3917/hes.124.0113
[9] Le Matin. Mohamed Amine Banabdallah : « Le pragmatisme politique prime désormais le clivage gauche-droite » : https://lematin.ma/journal/2021/mohamed-amine-banabdallah-pragmatisme-politique-prime-clivage-gauche/365497.html
[10] Tweet consultable ici : https://twitter.com/dSalim87/status/1448736848042500096
[11] Telquel. Akhannouch doit “rééduquer” nos capitalistes ! Réda Dalil : https://telquel.ma/2021/10/15/akhannouch-doit-reeduquer-nos-capitalistes_1740435

